Lisez attentivement le texte ci-dessous, tiré d’un blog de LEMONDE.FR, du 19/5/2009.
Questão 1 do CACD 2009, Língua Francesa. Questão discursiva. Resolva aqui: a correção vem na hora, com gabarito e comentário.
A: Dans quels domaines de la vie internationale l’ Union Européenne (UE) se présente aujourd’hui comme un acteur au rôle et à l’influence reconnus?
Bertrand Badie: L’influence est le terme qui convient. Tous les sondages qui ont été administrés de par le monde indiquent que l’Europe intéresse et rassure par l’influence qu’elle exerce beaucoup plus que par la puissance qu’elle n’a plus, en tous les cas dans le domaine militaire. Cela étant posé, l’influence est difficile à analyser et encore plus à suivre.
A mesure qu’elle se constituait, l’Europe s’imposait d’abord comme un modèle d’intégration régionale: telle a été probablement sa première réussite. Elle a peu à peu donné l’exemple de la réconciliation, de la coopération et de formes subtiles d’intégration qui ont été imitées en Amérique latine, mais aussi en Afrique et en Asie orientale. En s’inscrivant délibérément dans l’axe de la démocratie et des droits de l’homme, elle a également pesé dans différentes régions du monde, notamment auprès de ceux des Etats qui entendaient la rejoindre. Son rôle dans la démocratisation des pays d’Europe centrale et orientale, mais aussi dans la transformation de la Turquie, n’est pas à négliger.
Elle a su acquérir aussi une sorte de leadership moral dans les domaines de l’aide au développement et dans la promotion des biens communs de l’humanité tels qu’ils s’inscrivent dans les logiques récentes de la mondialisation. Ici est probablement son point le plus fort: n’étant pas un Etat et ne portant pas un intérêt national, l’UE est crédible lorsqu’elle promeut des biens collectifs inscrits dans la logique de la mondialisation et lorsqu’elle se fait le pilier le plus sûr du multilatéralisme. Toute la question est maintenant de savoir si on ne décrit pas, à travers ces hypothèses, une sorte d’âge d’or de l’Europe correspondant à la dernière décennie du siècle précédent et dont on peut craindre qu’il est aujourd’hui remis en cause. L’Europe a su démarrer très fort dans le contexte de la post-bipolarité, elle est dangereusement bloquée depuis quelques années par un élargissement bâclé, par les séquelles du traumatisme irakien qui l’a profondément divisée, par sa paralysie institutionnelle, et j’ajouterai par un vent de conservatisme (peut-être de néoconservatisme?) qui souffle depuis quelques années.
B: L’UE est-elle une puissance en elle-même?
Bertrand Badie: Non, je ne crois pas que l’on puisse utiliser ce terme, en tous les cas dans son sens strict. Si la puissance se définit comme la capacité d’imposer à l’autre sa propre volonté quels que soient les moyens utilisés, l’Europe est dans ce domaine mal placée.
Être une puissance suppose en effet une unification nationale autour d’un intérêt affirmé et à partir de la mobilisation de moyens coercitifs qui donnent bien entendu à l’instrument militaire une prime particulière.
Non seulement cette conception de la puissance s’accorde mal à la structure plurale de l’Europe, mais on comprendra aisément que face aux Etats-Unis, la puissance militaire européenne ne compte pratiquement pas. Si les Etats-Unis trouvent face à eux des rivaux de puissance, c’est plus du côté de la Chine et de la Russie qu’on est amené à regarder. On peut même considérer que l’Union a été en avance sur ce terrain: conduite à renoncer à la puissance, elle a été amenée à inventer de facto des formes nouvelles d’action diplomatique où, précisément, l’influence, les effets de réseau, le rayonnement social et culturel jouent un rôle plus déterminant, sans oublier bien entendu ses performances commerciales, car l’UE reste la première puissance commerciale du monde.
C: N’y a-t-il pas contradiction pour l’UE, construite sur l’idée de dépassement de la souveraineté nationale, à défendre le système onusien et le droit international public en général, qui sont eux basés sur un strict respect des souverainetés des Etats?
Bertrand Badie: On ne peut pas poser le problème du multilatéralisme en ces termes. C’est vrai que le système onusien dérive d’un compromis passé en 1945 entre l’intégration et le souverainisme, entre l’union de tous et la puissance des plus grands. Ce compromis représentait pourtant une étape nouvelle qui dépassait le souverainisme statonational. Observons que l’Europe, notamment durant la décennie 1990 qui fut pour elle une décennie de fortune, appuyait tout ce qui aidait à dépasser le souverainisme d’antan.
Il ne faut pas négliger cette dynamique multilatérale qui s’est exprimée notamment à travers l’élaboration de nouvelles conventions, la promotion d’enjeux sociaux internationaux, la mise en place de grandes conférences thématiques internationales et l’essor de ce que Kofi Annan appelait le “polylatéralisme”, qui permettait d’associer au système onusien des acteurs non étatiques comme les ONG, les grandes firmes multinationales, voire l’opinion publique internationale. Le rôle de l’Europe a été de témoigner et de pousser en ce sens, c’est peut-être là qu’on peut retrouver ses vertus autrefois novatrices.
D: On avait pensé un moment que le régionalisme compensait les défaillances de la communauté internationale. Vu la crise que l’UE traverse, le régionalisme est-il à son tour remis en question? Si oui, que reste-t-il comme solution?
Bertrand Badie: C’est vrai, la crise attaque doublement et dangereusement le régionalisme.
D’abord parce que face à une crise mondiale, la délibération ne peut être que mondiale, et surtout les solutions ne peuvent être l’exclusivité d’un seul ensemble régional, aussi vaste et puissant soit-il.
D’autre part, on a pu effectivement observer qu’avec la crise, l’UE devenait de façon décevante un espace d’orchestration des égoïsmes nationaux. Les dissonances et les divisions observées à l’intérieur de l’Europe depuis le début de cette crise laissent apparaître une concurrence entre nations, chacune porteuse d’intérêts et de pathologies spécifiques, et qui ont ainsi d’autant plus de mal à s’accorder.
Prenons garde à ce que, dans un contexte critique, la région ne devienne pas une machine à fabriquer et à nourrir les nationalismes.
E: Dans quelle mesure l’absence de personnalité juridique handicape-t-elle l’UE sur la scène internationale?
Bertrand Badie: Il est vrai que l’Europe souffre aujourd’hui gravement d’un défaut d’identité institutionnelle. Elle s’en trouve handicapée sur la scène internationale, mais aussi face à sa propre opinion publique et dans l’organisation même de son jeu interne. Mais il ne faut pas se leurrer: le défaut d’armature institutionnelle est principalement l’expression d’un désir insuffisant d’Europe. Les institutions suivent les comportements sociaux et les attentes sociales. C’est sur ceux-ci qu’il convient d’abord de travailler. Ajoutons une autre considération: probablement de façon erronée, nombreux étaient ceux qui pensaient que le succès du modèle européen tiendrait à sa souplesse et à des institutions qu’on rendait volontairement incertaines, capables de réaliser cette quadrature du cercle en conciliant souveraineté statonationale et intégration.
Avec les paramètres nouveaux, et notamment l’apparition d’une monnaie unique, ce choix évidemment ne tient plus. D’où, probablement, l’un des facteurs de crise avec lequel l’Europe doit compter.
L’autre coût est à placer du côté de la démocratie: face à l’incertitude institutionnelle, le débat démocratique européen a du mal à trouver sa niche. Ce qui détourne le citoyen et rend opaque le processus de décision.
Questions 1 à 10
Lisez attentivement le texte ci-dessous, tiré d’un blog de LEMONDE.FR, du 19/5/2009.
Répondez aux questions suivantes en rédigeant un paragraphe en français standard de trois à cinq lignes. Employez, autant que possible, vos propres mots et expressions. L’utilisation de longs extraits du texte sera pénalisée.
- D’après Bertrand Badie, dans quels domaines l’influence de l’Europe se fait-elle le plus sentir? (5 points)
- Selon Bertrand Badie, quels sont les éléments qui paralysent l’Europe de ces dernières années? (5 points)
- Dans quelle mesure l’Europe exerce-t-elle sur la scène internationale une influence jugée positive par Bertrand Badie? (5 points)
- Que pensez-vous de l’affirmation suivante: “cette conception de la puissance s’accorde mal à la structure plurale de l’Europe” (R.38-39)? (5 points)
- D’après Bertrand Badie, pourquoi l’UE n’est-elle pas une puissance en elle-même? (5 points)
- Selon Bertrand Badie, quel a été le rôle de l’Europe dans un contexte de “polylatéralisme”? (5 points)
- D’après Bertrand Badie, comment est-ce qu’on doit poser le problème du multilatéralisme? (5 points)
- Selon Bertand Badie, quels sont les effets nocifs de la crise actuelle au sein de l’UE? (5 points)
- En quoi consiste la “quadrature du cercle “ (R.91) mentionnée par Bertrand Badie? (5 points)
- Dans quelle mesure partagez-vous l’opinion de Bertrand Badie au sujet de l’Europe? (5 points)
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